Histoire de la Corée du Nord

Racines anciennes de la péninsule

Le territoire qui forme aujourd'hui la Corée du Nord appartient à un espace culturel ancien, marqué par le royaume de Koguryo, qui domina le nord de la péninsule et une partie de la Mandchourie entre le premier siècle avant notre ère et 668. Ses tombes ornées de peintures murales, réparties autour de Pyongyang et de Nampo, figurent depuis 2004 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Kaesong, capitale du royaume de Koryo du dixième au quatorzième siècle, conserve un ensemble de monuments inscrits à leur tour en 2013. Le récit national diffusé par Pyongyang fait par ailleurs remonter le peuple coréen à Tangun, figure fondatrice dont un mausolée a été édifié près de la capitale en 1994, construction que les archéologues étrangers jugent dépourvue de fondement scientifique.

Occupation japonaise et partition

La Corée passe sous protectorat japonais en 1905, puis se trouve annexée en 1910. L'occupation dure jusqu'à la capitulation du Japon en 1945 et suscite plusieurs mouvements de contestation, dont celui du 1er mars 1919. La péninsule est ensuite divisée le long du 38e parallèle entre une zone d'occupation soviétique au nord et une zone américaine au sud. La République populaire démocratique de Corée est proclamée le 9 septembre 1948 sous la direction de Kim Il-sung, quelques semaines après la fondation de la République de Corée au sud.

Guerre de Corée

Le conflit s'ouvre en juin 1950 et s'achève par l'armistice signé à Panmunjom le 27 juillet 1953. Aucun traité de paix n'a suivi, si bien que les deux Etats demeurent techniquement en état de guerre. Les combats et les bombardements ont ravagé les villes du Nord, ce qui explique la reconstruction entièrement planifiée de Pyongyang au cours des années suivantes.

Juche et pouvoir héréditaire

A partir des années 1950 et 1960, le pouvoir formule le juche, que le discours officiel présente comme une doctrine d'autonomie politique, économique et militaire. Cette idée sert de cadre à la vie intellectuelle et artistique avant de devenir une référence constitutionnelle. Les historiens extérieurs y voient surtout un instrument de légitimation du pouvoir personnel de Kim Il-sung, qui écarte ses rivaux successifs et bâtit un culte de la personnalité sans équivalent dans le bloc socialiste.

Transmission du pouvoir

Kim Jong-il, fils du fondateur, s'impose comme successeur désigné dès les années 1970 et dirige le pays après la mort de son père en 1994. Son mandat coïncide avec l'effondrement des échanges avec l'ancien bloc soviétique et avec une famine, au milieu des années 1990, dont les estimations extérieures situent le bilan entre plusieurs centaines de milliers et un million de morts, sans consensus sur les chiffres. Le pouvoir met alors en avant le songun, ligne de priorité accordée à l'armée.

Période contemporaine

Kim Jong-un succède à son père en décembre 2011. Son mandat se caractérise par la poursuite des programmes nucléaire et balistique, qui vaut au pays des sanctions renforcées du Conseil de sécurité des Nations unies, par une séquence diplomatique avec Séoul et Washington en 2018 et 2019, puis par une fermeture des frontières décidée en 2020 lors de la pandémie. Le rapport de la commission d'enquête des Nations unies publié en 2014, ainsi que les témoignages recueillis auprès de transfuges par des organisations non gouvernementales, décrivent un système de camps et des restrictions étendues des libertés, que Pyongyang conteste. En 2024, les médias officiels ont abandonné le calendrier juche, qui comptait les années depuis 1912, au profit du seul calendrier grégorien.